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Stratégie logicielleÉcrit par le fondateur de BastionLab8 min de lectureJuil. 2026

Le SaaS, ni bon ni mauvais : dépend de ce que vous perdriez

Le SaaS n'est ni bon ni mauvais par nature. La vraie question, c'est ce que vous perdriez s'il tombait, devenait cher, ou disparaissait. Un CRM ou un ATS qui vous fait gagner du temps sur un processus remplaçable et non central est un pari SaaS raisonnable. Une plateforme data qui EST votre cœur opérationnel ne l'est pas. Voici la grille de lecture qu'on utilise avec nos clients, et pourquoi on est pragmatiques là-dessus, pas dogmatiques.

Le bon test : cœur ou périphérie

La question n'est pas « SaaS ou sur-mesure », c'est « à quel point ça ferait mal si cet outil devenait indisponible, cher, ou inadapté, et à quel point ce serait dur d'en partir ». Un outil périphérique à votre activité, facile à remplacer, et tolérant à une mauvaise journée, est un candidat SaaS à faible risque. Un outil au centre de vos opérations, difficile à remplacer, et fragile s'il casse, c'est une tout autre conversation.

Là où le SaaS est une bonne idée

Prenez un CRM ou un ATS. Ils font gagner un vrai temps sur des processus qui, bien qu'importants, ne sont pas le moteur de l'entreprise : ils sont la couche administrative autour. Si l'éditeur a une panne d'une journée, ou que vous changez de fournisseur dans six mois, l'activité continue. Acheter un outil mature et bien supporté est ici généralement plus malin que de dépenser du temps d'ingénierie à réinventer quelque chose qui n'est pas différenciant pour vous.

Là où le SaaS devient un risque : quand c'est votre cœur

Une plateforme d'intégration de données, c'est une autre bête. C'est généralement le tissu conjonctif entre tous les autres systèmes que vous utilisez : commandes, facturation, stocks, reporting. Si elle tombe, tout ce qui en dépend le ressent. Si l'éditeur change son tarif ou sa direction, vous n'avez pas de sortie facile. C'est exactement pour ça qu'on ne recommande pas le SaaS pour une plateforme de données : elle échoue au test cœur/périphérie de la pire des façons, forte fragilité, coût de sortie élevé, point de défaillance unique.

Le marché du SaaS lui-même donne raison à ce constat

Ce n'est pas juste notre avis, le marché reprice le SaaS en temps réel. Le multiple médian EV/chiffre d'affaires des SaaS cotées est passé de 6,2x fin 2024 à 3,3x en mars 2026, et le multiple de résultat prévisionnel (P/E) du secteur logiciel est passé sous celui du S&P 500 pour la première fois de son histoire, d'un pic de 84,1x en 2020-2022 à 22,7x. En février 2026, environ 285 milliards de dollars de valeur logicielle se sont évaporés en une seule séance boursière, une fois qu'il est devenu évident que le pricing par siège était structurellement exposé face à l'IA. Jason Lemkin (SaaStr) l'a résumé sans détour : si des agents IA font le travail de 100 commerciaux, vous n'avez pas besoin de 100 sièges, mais de bien moins. Ce n'est pas une raison de paniquer, c'est une raison d'être pragmatique sur ce qu'on loue et ce qu'on possède.

Ce que l'IA change : la maintenance ne demande plus un senior en permanence

L'ancien argument en faveur du SaaS sur des outils non différenciants, c'était le coût : construire et maintenir du sur-mesure demandait un ingénieur senior rare et cher, indéfiniment. L'IA affaiblit cet argument. Elle peut documenter le code au fur et à mesure qu'il s'écrit, expliquer le raisonnement derrière un choix technique, et signaler les changements risqués avant qu'ils partent en production. Ça rend réaliste qu'un développeur junior ou un alternant maintienne un outil sur-mesure au quotidien, l'IA fournissant les explications qui demandaient auparavant un senior dans la pièce. Une nuance à poser clairement : un débutant doit rester accompagné. L'IA réduit le temps senior nécessaire, elle ne supprime pas la valeur d'un encadrement expérimenté.

La pleine propriété, c'est l'outil qui s'adapte à vous, pas l'inverse

La plupart des abonnements SaaS sont payés en intégralité pour un ensemble de fonctionnalités pensé pour un marché générique, alors que le client n'en utilise réellement que deux ou trois. Posséder ses outils inverse ça : on construit exactement les fonctionnalités dont votre processus a besoin, adaptées à votre façon de travailler réelle, plutôt qu'un abonnement à 100 €/mois dont la majorité du produit reste inutilisée. Le logiciel s'adapte au professionnel et à son business, pas l'inverse, au lieu de remodeler votre process commercial pour rentrer dans les étapes de pipeline d'un éditeur, ou votre workflow de recrutement pour rentrer dans les étapes rigides d'un ATS.

La règle de BastionLab

Avant de choisir SaaS ou sur-mesure pour un outil donné, on pose trois questions avec nos clients : si cet outil disparaissait demain, l'activité s'arrêterait-elle ? Ce processus est-il spécifique à votre façon de travailler, ou une commodité que toutes les entreprises gèrent pareil ? Et payez-vous pour des capacités que vous n'utilisez pas réellement ? Central, différenciant et sous-utilisé pousse vers la possession. Périphérique, commodité et bien couvert pousse vers l'achat.

Questions fréquentes

BastionLab recommande-t-il parfois d'acheter un CRM ou un ATS plutôt que de le construire ?

Souvent, oui. Si ce n'est pas le moteur central de votre activité et qu'un changement d'outil reste réaliste plus tard, acheter un outil mature est en général le choix pragmatique. On n'est pas contre le SaaS, on est contre le fait de mettre un processus fragile et central entre les mains d'un tiers sans avoir pesé ce risque au préalable.

Construire du sur-mesure n'est-il pas toujours plus cher qu'un abonnement SaaS ?

Ça l'était, quand chaque build sur-mesure nécessitait un ingénieur senior disponible indéfiniment. L'IA a changé la donne : la maintenance peut être documentée, expliquée et en partie automatisée, ce qui réduit le coût continu de posséder ses propres outils.

Un développeur junior peut-il vraiment maintenir du code sur-mesure avec l'IA, sans senior ?

L'IA peut documenter le code, expliquer le raisonnement derrière, et signaler les changements risqués, ce qui rend un junior ou un alternant bien plus autonome qu'avant. Cela dit, un débutant doit rester accompagné : l'IA réduit le temps senior nécessaire, elle ne supprime pas totalement la valeur d'un encadrement expérimenté.

Pourquoi BastionLab traite-t-il différemment les plateformes data des outils CRM ou ATS ?

Une plateforme data est généralement le tissu conjonctif entre tous les autres systèmes que vous utilisez, elle est rarement périphérique. C'est là que le test cœur/périphérie échoue le plus durement : forte fragilité, coût de sortie élevé, et point de défaillance unique pour toute l'activité. Voir notre article sur pourquoi on ne recommande pas le SaaS pour une plateforme de données en particulier.

Sources : multiples EV/chiffre d'affaires SaaS et P/E du secteur logiciel (Forbes, SaaS Capital, Aventis Advisors), pression sur le pricing par siège liée aux agents IA (SaaStr, Bain), consulté en juillet 2026.

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